"Violences physiques", "emprise mentale", "suivi constant" via Telegram: sept anciens fidèles de la branche française de l'Eglise Shincheonji dénoncent, dans une plainte déposée à Paris, des "dérives sectaires" de ce mouvement religieux d'origine sud-coréenne, qui a fait de leur quotidien un cauchemar.
Dans cette plainte, déposée cette semaine, les anciens membres "décrivent une emprise mentale caractérisée par une dépendance croissante à la secte et à ses enseignements". Un passé qui ne passe pas, "certains continuant de vivre dans un état anxiogène" après s'en être extirpé. Sollicitée par l'AFP, Shincheonji France a répondu par la voix de son avocat, Me Alexandre Couilliot, et "réfute catégoriquement les accusations qui auraient été portées à son encontre". Il dénonce, par ailleurs, "une campagne de dénigrement tant dans les médias que sur les réseaux sociaux" visant l'organisation en France.
Fondée en 1984 par le pasteur Lee Man-hee, l'organisation Shincheonji Eglise de Jésus, Temple du Tabernacle du Témoignage, revendique plus de 300.000 fidèles dans plus de 100 pays, dont plus de 1.000 en France, rassemblés dans une branche Nouveau Ciel Nouvelle Terre. Leurs études se focalisent sur la Bible, et notamment le livre de l'Apocalypse du Nouveau Testament.
"Dans cette affaire, les faits sont extrêmement graves: manipulation, exploitation de personnes vulnérables, pressions psychologiques, isolement social, captation de revenus, violences physiques et séquestration ont été infligés aux victimes", soulignent les avocats des sept anciens fidèles, Mes Anne Desriaux et Baptiste Bellet, sollicités par l'AFP, qui n'a pu s'entretenir directement avec les plaignants.
"Sujétion psychologique"
Déposée mardi contre X selon une source proche du dossier, la plainte vise notamment l'église et ses responsables en France, pour huit chefs, dont violences volontaires, menaces, harcèlement moral, séquestration, ou encore escroquerie. Un plaignant indique avoir "adhéré à des croyances imposées, notamment l'assimilation de la figure de Jésus à celle de Lee Man-hee", fondateur de l'Eglise, âgé de 94 ans aujourd'hui, "dans un contexte de possible altération de son jugement".
Une femme assure aussi avoir "subi des violences physiques directes, certains encadrants n'hésitant pas à porter des coups, justifiés comme des moyens de correction ou de renforcement de l'engagement", quand deux autres dénoncent avoir été séquestrés.
Comme cet individu, "retenu dans une pièce d'un appartement" pendant "un mois", sous "contraintes psychologiques" et sans pouvoir "aller et venir librement". Sont aussi reprochées à l'Eglise "des pratiques s'apparentant à du +bizutage+ et à des violences physiques", comme "des séances de gainage prolongées ou encore des courses forcées jusqu’à l'épuisement, tout ceci dans un contexte de forte pression psychologique".
Des accusations d'escroquerie visent également Shincheonji, plusieurs victimes évoquant des versements "pouvant atteindre en moyenne jusqu'à 10% de leurs revenus, que les fidèles aient ou non un travail".
"Organisation hiérarchisée"
Tout commence à partir de 2017, quand les plaignants sont recrutés notamment dans la rue ou sur les réseaux sociaux par des individus "dissimulant", "dans un premier temps", leur appartenance à Shincheonji.
Une fois dans l'organisation, "les plaignants décrivent une situation de sujétion psychologique", un quotidien "strictement encadré, avec une multiplication des obligations de participation à des réunions et formations" et des échanges sur l'application Telegram, outil "imposé" permettant "un suivi constant des membres".
"Les victimes expliquent qu’elles n’avaient presque plus de moments à elles", d'après la plainte, qui relate le cas d'une personne confiant son isolement social progressif, "l'amenant à abandonner son emploi", et s'éloignant, "peu à peu" de "ses proches et de ses études". Dans cette "organisation hiérarchisée", les membres "en contact direct avec les fidèles sont majoritairement d'origine africaine, tandis que les niveaux supérieurs seraient composés de responsables de nationalité coréenne", selon la plainte.
Dans son rapport d'activité 2022-2024, la Mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires, évoquait "plusieurs signalements reçus" concernant cette organisation. "Il n’y aurait à ce titre que deux réponses possibles au sein de Shincheonji: oui et Amen, écrivait la Miviludes. Les avocats des plaignants lancent, pour leur part, "un signal d’alarme face aux dérives sectaires de cette organisation structurée, qui ne cesse de croître".
La Rédaction avec l'AFP